Le bilan des dégâts était peu encourageant...
Les travaux nécéssaires pour la réparation des dégâts causés dans l'accident étaient les suivants :
remplacer dans toute leur longueur les bordés touchés, les membrures brisées à babord, ainsi que la partie du roof et du cockpit endommagés, nettoyage général suite aux fuites du réservoir de carburant, remplacement de l'installation électrique, révision moteur, peintures et vernis intérieurs et extérieurs.

"Voilà en tout ca ce qui était prévu quand j'ai rejoint Ludo dans son entreprise. Il avait prévu de finir le tout pour Brest 96. Nous y serions peut-être arrivés s'il n'y avait pas eu la suite : un nouveau pont en teck, un nouveau moteur, des flipots, des améliorations de l'interieur, des listons et des cale-pieds le long de la coque, et je vous passe les petits détails qui tout d'un coup l'énervaient et qu'il fallait régler tout de suite. Tout cela nous a forcément "un peu" retardés, mais c'est sans regrets. Nous vous laissons juger du résultat par vous-mêmes...

Bonne lecture, et attention aux ampoules aux mains !"



LA COQUE

Saint Colomban est construit sur une quille en chêne. Ses 35 varangues sont en inox. Les membrures sont en frêne.

Les membrures

Les membrures à babord

Au total c'est pratiquement 70 membrures en frêne qui ont étés changées, principalement dans la voûte du bateau où les sections sont plus faibles (25 x 30 mm) que sur le reste du bateau (35 x 40). Nous avons aussi doublé une vingtaine de membrures principalement au niveau du bouchain. Certaines on été faites en lamellé-collé.

Les tasseaux horizontaux ont servi à retrouver la courbure de la coque là ou il n'y avait plus rien.
machine à vapeur high-tech Sur la photo ci-contre, voici le matériel de pointe utilisé pour la confection des membrures... Celles-ci, doivent être pliées afin d'épouser la forme de la coque. Pour ce, elles font un petit séjour dans le tuyau par où s'échappe la vapeur provenant de la cocotte minute. Rustique, mais efficace...
Une fois sortie, tout se joue en quelques minutes pendant lesquelles la membrure voudra bien se faire plier contre la coque, à moins qu'elle ne veuille pas...Et là, "crac" ! elle se casse net, et il n'y a plus qu'à recommencer...


Les bordés

Le premier bordé...

Une fois les membrures principales posées, mise en place des bordés. Ceux-ci sont en acajou de 22 mm. La technique employée par le chantier Storebro Bruk (Suède) à l'époque était une construction en bordés classiques jointifs sans calfa. Les bordés étaient de plus, collés ce qui donne une grande rigidité à la coque.

Toutes les membrures visibles sur cette photo sont neuves,
mis à part les trois premières qui seront doublées
pour une plus grande solidité.


Bordé babord enlevé

Les bordés ont étés changés selon la même technique qu'à la construction, ce qui pose évidemment des problèmes d'ajustage - certains bordés font 9 mètres de long. Après la pose très précise d'un guide le long du bordé à enlever, on y passe la défonceuse, exercice très physique et délicat. Les nouveaux bordés sont ajustés aux anciens grâçe à des scarfs comme cela avait été fait à l'époque. Ces scarfs ne sont pas faits classiquement dans l'épaisseur du bordé mais dans le sens longitudinal. Sur la photo ci-contre, un bordé a été retiré, il finit par un scarf et le nouveau bordé peut maintenant être posé. Au total , nous avons changé 80 mètres de bordés.

Pauvre Ludo, je le revois en train de passer la défonceuse sur la coque. Un bandana sur le nez, il appuyait son front sur la machine pour se donner plus de force. A quelques mètres de lui, le bruit de la fraise qui taillait le bois était déjà à peine supportable, vous imaginez ce que ça devait être pour lui...

Les flipots
Passez la souris sur la photo
pour voir le résultat...

Les "flipots"
Nous l'avons vu, les bordés à l'origine étaient collés, cependant des réparations effectuées à différents moments de la vie du bateau, au niveau de la voûte notamment, ont été bâclés. Nous avons donc utilisé une méthode employée par certains chantiers pour restaurer des voiliers tels que les 6 m JI dont les bordés sont eux aussi jointifs mais assez peu épais (10 a 12 mm) qui ont tendance à s'ouvrir avec l'âge.
Le principe est simple, il suffit d'ouvrir la couture du bordé avec une défonceuse et de coller un "flipot" d'acajou dans la gorge. L'ajustage est parfait ainsi que le collage, toujours a l'époxy.
Au total nous avons mis en place une centaine de mètres de ces flipots. Ainsi, la coque est aussi jointive qu'à son neuvage.

548ème aiguille de coque

La photo de gauche représente une des centaines de petites "aiguilles" de bois taillées au cutter dans de l'acajou puis insérées avec de la colle époxy (injectée avec une seringue) dans les trous faits partout dans la coque. Trous de vis, trous de clous, trous de perceuse, vieux trous,...repérés en scrutant la coque avec une baladeuse, ils devraient tous être bouchés et oubliés !


Oubliés, oubliés, c'est vite dit !
Fallait les trouver les trous! Remplis par des mois, voire des années de poussière, dans un hangar mal éclairé et sur un escabot tordu, vous imaginez la partie de plaisir! Ce n'est qu'en piquant avec un trombone chaque endroit qui semblait suspect que j'ai réussi à en avoir autant. C'est un peu comme couper du gazon avec des ciseaux à ongles.

Les tapons sur la coque Voici quelques-uns des 4000 tapons collés pour masquer les vis posées lors du changement des bordés à babord ... Ces tapons ont étés prélevés dans les plateaux d'acajou puis collés à l'époxy. Une fois poncés, on ne les voit presque plus.

Evidemment, pour chaque tapon on a respecté le sens du fil du bois des bordés. Perfection oblige !
L'étrave L'étrave. Lors de son séjour au fond de l'eau, le bateau avait probablement frotté sur un rocher au niveau de l'étrave. Même si l'entaille n'était pas très profonde, elle se situait juste à la jonction de deux pièces composant l'étrave. Plutôt que de changer ce morceau d'étrave, nous avons préféré araser l'étrave au ras des bordés sur toute la longueur (de la quille à l'étais) et remonter une nouvelle étrave en lamellé-collé d'acajou de 6 mm (16 plis) collés a l'époxy.
tableau arrière. Avant, après

Le tableau arrière. Le tableau arrière avait souffert dans les manoeuvres... Nous l'avons remplacé par un tableau en lamellé-collé, moins fendant que le bois massif d'origine.


Passez la souris sur la photo
pour voir le résultat...
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LE PONT
La cerre bauqière

La serre bauquière.
La serre bauquière avait été coupée sur environ 1,5 m . Nous l'avons remplacée sur le dernier tiers du bateau par une serre en lamellé collé en Red Cédar. Elle est constituée de 4 plis de 10 mm, scarfée sur l'ancienne serre.

Barrotage babord

Les plats bords, le barotage.
Les barrots de pont touchés par l'accident ont été changés par du Red Cedar.
Les plats bords sont en lamellé collé et forment une cornière sur le bordé de préceinte. Avantages attendus :
- Rigididé longitudinale de la coque, principalement au niveau de la voûte, point faible traditionnel de ce type de bateaux.
- Etanchéité de la liaison coque/pont.


PS : cette photo représente le même endroit du bateau que la photo au dessus. Elle est prise depuis l'avant du bateau, alors que l'autre a été prise depuis l'arrière.

contreplaqué du pont

le contre-plaqué
Le teck du pont etait usé par 30 années de navigation. Son épaisseur de base de 15 mm s'était réduite à 10-12 mm. Au point où nous en étions, pourquoi ne pas changer le pont aussi... Les lattes étaient collées sur un contre-plaqué de très bonne qualité que nous n'avons pratiquement pas touché. Par contre, plutôt que de poser à nouveau du teck de 15 mm, nous avons préféré coller une deuxième couche de CP de 6 mm sur l'ancienne (a l'époxy) pour ne coller des lattes de teck que de 10 mm . La solution offre de nombreux avantages :
- Plus grande rigidité.
- Etanchéité.
- Coût.
- Facilité de mise en oeuvre des lattes de teck.


Je me souviens de l'hiver où j'arrachais l'ancien pont avec un marteau et un ciseau à bois. Je portais un survêtement pardessus mon jean et trois pulls. J'avais sacrifié mes gants en cuir car coup de chance, ils tenaient sous les gros gants de bricolage (tout faire pour avoir moins froid était mon mot d'ordre depuis quelques temps). Ce qui me plaisait dans l'arrachage du pont, c'est que c'était assez physique et que ça me réchauffait pas mal...

masquage du pont
Le lattage et les joints
Désolé, mais il manque toutes les photos de la pose des lattes, j'ai lamentablement raté une pellicule...Mea culpa, mea culpa

Les lattes de teck ont étés collées a l'époxy en suivant la courbure du plat bord. Elles sont sans feuillures.L'écartement entre les lattes est obtenu avec des petites croix en plastiques utilisées en principe pour la pose de carrellage.
Cette solution permet d'augmenter l'étanchéité car les joints sont plus profonds que larges (12x4 mm). L'autre avantage est qu'il est possible de maintenir les lattes pendant le collage avec des clous entre les lattes, ce qui évite de les percer, visser, taponner, etc ... Les trous faits par les clous sont par la suite rebouchés avec des pinoches collées. Les excédents de colle ont été meulés avec une fraiseuse de gravure sur verre. L'intérêt principal de cette formule est d'offrir l'épaisseur totale de teck comme surface d'usure, ce qui n'est pas le cas des ponts classiques ou l'on perd facilement la moitié de celle-çi à cause de l'ensemble vis-tapons qui traversent les lattes.

Les joints de pont sont en WKT, un produit allemand plus durable que le sica appliqué après un masquage complet des lattes au scotch, absolument indispensable , ce qui permet d'étaler le produit sans avoir à poncer le pont une fois le WKT sec.
Pose du WKT

Pas mal le rebouchage des trous du pont !
Le bateau étant penché en avant, la colle appliquée généreusement sur le pont lors du collage des lattes, avait la fâcheuse tendance à couler vers l'avant. Elle était freinée par les clous (placés tous les 40 cm) et par les petits croisillons de carrelage. Une fois sèche, la colle formait des piscines, des pics, et contenait des bouts de croisillons en plastique pris dedans. Alors, il fallait aplatir tout ça avant de mettre le joint. Pour ce, on s'est offert le kit de gravure sur verre de Minilor. Une mini-ponceuse, qui tient dans la main, active soit un disque soit une petite fraise qui font bien l'affaire sur notre pont. Et pendant 2 semaines j'ai ainsi joué les dentistes sur le pont du bateau. Minilor dans une main, ma soufflette dans l'autre pour évacuer la poussière, je travaillais comme un dentiste qui enlève des centaines de caries par jour. " brrrr, brrrr " " pshitt, pshitt " " brrrr, brrrr " " pshitt, pshitt ". Ce n'était pas physique, mais le dos en a pris un sacré coup.

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L'INTERIEUR
début des peintures interieures En juillet 97 le nettoyage, puis la peinture et le revernissage de l'interieur ont commencé. Travaux prévus pour durer deux mois, ils ont en fait pris un an. Il y aura au total 6 couches de peinture dans les fonds et les coffres, et au minimum 9 couches de vernis partout ailleurs...
Sur la photo, vue sur l'emplacement de la couchette cercueil et d'une partie du coffre arrière. La cloison les séparant n'étant pas encore refaite.

Je tiens ici à remercier ma copine Léti qui m'a beaucoup aidé pour les peintures et le poncage interieurs. Je nous revois, calées de part et d'autres du cockpit (donc dans les coffres arrières) piquant des crises de fou rire à force de déraper le long des membrures, de se planter le pinceau plein de peinture verte en pleine figure, ou de hurler à cause d'une crampe à la jambe ou d'un pied coincé au fond du bateau...
Vue depuis la descente Vue de l'intérieur depuis la descente.
Le plan de travail de la cuisine était en formica. Un matériau que Ludo ne supporte pas. Il l'a donc été recouvert d'une plaque de laiton qu'il frotte régulièrement et qui donne certainement une autre allure à la cuisine.
le carré Le carré permet de coucher 2 personnes en descendant la table.
L'autoradio de la voiture vendue peu avant le départ y a pris sa place. Peu encombrant et avec lecteur cd, il est très adapté à la taille du bateau. La cerise sur le gâteau, c'est la télécommande qui nous permet de le commander depuis le cockpit ou même la couchette avant... je reconnais que nous devenons un peu flemards, et ça ne va pas s'arranger !
la cuisine La cuisine comprend une cuisinière Electrolux à gaz qui fonctionne à merveille. Ludo a passé près de 5 jours à la remettre en état. Après avoir coulé avec le bateau, elle avait été démontée et rangée dans un carton qui a passé plusieurs années dans l'apartement de Paris. Elle était dans un tel état que nous avons longtemps remis à plus tard la décision de la garder ou non. Cette décision fut prise quand les finances ne nous laissaient pas tellement le choix...
Il n'y a pas de frigo, juste une énorme glacière qui nous suffit bien pour le moment.
la cabine avant La cabine avant est composée d'un cabinet de toilettes (Lavac) avec lavabo et d'une couchette double qui peut se transformer en deux couchettes simples. Un capot permet de sortir sur le roof. Derrière les toilettes une penderie assez grande nous permet de suspendre les vestes de quart, cirés etc.
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Mise a l'eau
{short description of image} Dimanche 3 janvier : plus de 50 noeuds de vent, et deux dépressions prévues pour les jours à venir.
Bienque tout soit prêt, il est peu probable que nous mettions à l'eau lundi. Mais nous faisons tout comme, au cas où. Lundi matin, les placards du bateau sont vidés, les mousses et les planchers sortis, tous les fonds bien visibles. Plus rien du formidable amalgame d'outils, de caisses, de morceaux de bois en tous genres et de toutes tailles ne reste sous le bateau. Nous sommes fin prêts.
Ludo va au port voir la météo prévue pour la journée. Coup de fil : on y va !
Là, branle-bas le combat ! Fermez les vannes, virez toutes les rallonges qui, comme des cordons ombilicaux relient Askoy au hangar, préparez des amarres, les parebattages, de la moquette pour protéger la peinture et les vernis, etc...

Quelques copains et la famille arrivent pendant qu'on met en place le ber roulant.Ce ber hydraulique permet de soulever le bateau du sol et de le tirer par la suite. Quel émotion quand j'ai vu dans le viseur de ma caméra les cales sur lesquelles la quille reposait depuis des années bouger imperceptiblement puis se faire retirer par quelqu'un que je ne voyait pas, de l'autre côté du bateau.
La sortie du hangar s'est bien passée. Malgré la circulation sur la route personne ne s'est fait écraser. Ils sont fous ces havrais ! Nous leur faisons signe de s'arrêter le temps de sortir le bateau du hangar. Ils s'arrêtent en effet, puis dès qu'on a le dos tourné, hop ! gros coup de volant, accélérateur, et ils nous contournent à la surprise générale, au risque mettre en péril notre délicate manoeuvre ou de se prendre une voiture qui a eu la même idée brillante de l'autre côté... Le dernier qui a fait ça avait un "A" collé sur le parebrise arrière. Ca promet !
Malgré le temps pluvieux, Askoy est magnifique. Il est enfin dehors, et ça change tout. Nous le découvrons plus beau que jamais, avec un recul tout nouveau que les murs du hangar nous interdisaient. La gorge me serre encore alors que j'écris tout ceci des semaines plus tard.

Au rythme lent du tracteur fatigué du chantier, Askoy est emmené au bord du quai. Là, une assez longue préparation a lieu. Tout le monde participe, chacun trouve quelque chose à faire. Tout s'est passé dans un calme et une maîtrise parfaits. Pas de panique, ni de fausses manoeuvres, ni de dégâts quelconques. Hervé, le grutier a fait du travail d'artiste. Il a gruté le bateau avec une délicatesse dont je ne coyais pas la grue capable. Je n'ai même pas vu le bateau se soulever du ber... J'ai compris qu'il était déjà suspendu quand on a commencé à abaisser les pieds du ber et qu'Askoy est resté debout.
Lentement toujours, comme pour faire durer ce moment inoubliable, Hervé monte Askoy à quelques mètres du sol. Des mètres angoissants, où tout le monde a dû penser en même temps à l'horreur d'un accident de grue maintenant. Peu à peu, la grue pivote, et présente Askoy sur l'eau. Ludo lui tient le bout du nez avec un cordage. La descente commence. Les secondes avant de toucher l'eau ont été si longues ! Puis une exclamation de bonheur et de soulagement général annonce qu'Askoy vient de toucher l'eau.
30 secondes plus tard, Ludo est déjà à bord, une lampe de poche à la main en train d'inspecter les fuites d'eau inévitables.
Et voilà !
Oui, OK, il manque un mat et des tas de choses à l'interieur tels qu'un moteur branché, des cuves à eau et à fuel, un chauffage de bateau, etc.
Nous y travaillons ! Rendez-vous pour la prochaine mise à jour.

Vendredi 30 avril, le mat est posé. Dès le lemdemain, Ludo saute dans la chaise de mat et je le monte en tête de mat avec l'appareil photo.


Vue du haut du mat

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PREMIERS ESSAIS
Ces photos ont été prises lors de la première sortie début juillet 99. Askoy se comporte très bien. Aucun problème ne vient gâcher cette belle journée de navigation.

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