
18-23 Novembre 2002
Quelque part le long du sud de Sao Nicolau...
- Tu crois que c'est là ?...Je ne vois pas la baie qu'on nous a décrite, à peine une petite plage avec quelques palmiers. Non, ça peut pas être ça !
- Moi non plus je ne vois rien aux jumelles, mais le GPS confirme qu'on est bien au bon endroit...C'est vrai que ça n'a pas l'air habité. Je crois qu'il y a un village abandonné à gauche, à part ca, pfft, rien !
- Allez, on n'a qu'à aller voir de plus près. Le cas échéant, on continue jusqu'à Tarrafal, on y sera à la tombée de la nuit.
Cap au nord, Askoy s'approche de la côte. Les détails se précisent. Ludo reconnaît la fabrique de thon dont on nous a parlé. Et sur les rochers, une tête blonde, à l'allure pas cap verdienne, nous regarde.
- C'est Nicolas !
Nicolas est un jeune français qui a élu domicile dans ce petit havre de paix où il vit de la pêche. Nous sommes donc bien à Carrisal ! Peu de place pour mouiller, et des rochers tout autour, sauf au fond, où une très jolie plage offre un point d'atterissage parfait pour l'annexe.
-Prenez-vous sur mon corps-mort, c'est une ancre de 25 kilos !, nous dit Nico.
- Super ! Merci !
Avec une ancre à l'arriere en plus, nous sommes très bien mouillés, plus rien à craindre des rochers alentour. La (très petite) baie est ravissante, comme promis par les parents de Nico il y a un an, lors de notre rencontre à la Gomera. Eux remontaient en France, alors que nous descendions vers le Cap Vert.
Ce petit village, est peu accessible par la terre : la route qui y mene s'effondre systématiquement lors des pluies. Le ravitaillement se fait par la mer, en général, par les pêcheurs qui emmènent leur pêche à la ville la plus proche. La raison d'être de ce village fut, il y a encore pas si longtemps, la fabrique de thon, qui employait bon nombre des villageois. Cette dernière étant fermée pour des raisons obscures, la subsistance à Carrisal demande aujourd'hui beaucoup de travail. Mais tout le monde n'en est pas moins souriant pour autant.
Après une journée passée à pêcher et admirer les fonds marins, nous prenons un verre chez José, en compagnie des parents de Nico arrivés un jour après nous dans une acclamation générale. Le bar contient autant de personnes que possible, à savoir une dizaine. Des enfants se battent pour regarder à l'interieur par les fenêtres. On parle installations électriques, réparation du phare, soins médicaux, distribution de vêtements et de nourriture, etc. Les "Treguern" ne chôment pas quand ils sont à Carrisal...
A la tombee de la nuit, le groupe électrogène qui éclaire le village pour la soirée est allumé. La fête peut continuer !
Ici, la terre est aride, mais l'eau n'est pas totalement absente, il y a moyen de faire pousser quelques légumes le long du lit de la rivière. A cette époque de l'année coule un petit filet recueilli avec soin dans des canalisations. De nombreux petits lopins de terre sont travaillés sans relâche. Nous croisons Joao qui débarrasse soigneusement une surface de 4m2 de toutes ses pierres, puis qui creuse une gorge autour. Cela lui prendra plusieurs jours à accomplir. Chaque année, il faut reconstituer son lopin, celui-ci se faisant inondé par la rivière à la saison des pluies.
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23 Novembre- 4 Décembre 2002
M'enfin, pourquoi donc y a-t-il tellement d'agglomérations qui s'appellent "Tarrafal" au Cap Vert ? Tarrafal de Sao Nicolau, Tarrafal de Santiago, Tarrafal de Santo Antao, Tarrafal de Fogo...
Hé bien, ça vient du "Tarafe", un arbuste assez répandu dans toutes les îles. Il est aussi appellé entre autres "Tamargueira", "Tamaréa".
Ca manque peut-être un peu d'imagination, mais chaque Tarrafal est unique. Ce n'est pas parce qu'on a vu un Tarrafal, qu'on les a tous vu. Ainsi, le Tarrafal dont il est question ici est celui qui possède une belle plage de sable noir titanifère et médicinal. Je mets ma main à couper que d'ici quelques années, on pourra venir en cure dans un tout nouveau centre qui exploitera cette richesse, que ce centre n'appartiendra pas à des Capverdiens, et que ce sera très cher...
Mais pour le moment, le petit port est sympa. Il y a des petites superettes, une ou deux boulangeries, deux bars décorés à l'européenne, les autres bien typiques, et même un accès à Internet où, comme d'habitude, on retrouve tous les gens de bateaux. On sent bien plus qu'à Palmeira (Sal) la présence du tourisme. Cela est même vrai pour les voiliers. La première fois que nous débarquons en annexe, nous nous demandons ce qu'ont tous ces gamins à sauter et gesticuler sur la plage. Ha, ok. Apparemment, on doit choisir quelqu'un pour surveiller l'annexe sur la plage.
"Moi ! Moi ! Moi !"
"Lui il est trop petit, c'est une vraie gonzesse !", nous dit un des gamins qui se prend un coup de pied en remerciement. Bon, il faut bien trancher. Le choix se fait au hasard. Tout le monde se disperse sauf l'élu qui s'assoit sur un boudin de l'annexe, tel un roi sur son trône. Cela nous coûtera la fortune de 20 escudos, environ 25 centimes d'Euro.
Le mouillage a été agréable quelques jours, puis un vent s'est mis à souffler par rafales, et nous n'avons pas osé quitter le bateau pendant deux jours. Tout le monde se regardait d'un bateau à l'autre. Régulièrement, flip ! une annexe se faisait retourner, puis flop ! une autre. Pas marrant quand le hors-bord se retrouve dans l'eau et que les rames partent à la dérive. L'ironie est qu'on ne peut plus aller les chercher puisque le moteur est dans l'eau...
En fait, nous avons une autre explication pour le nom de Tarrafal, l'orthographe est erronée, ça devrait être : "ta rafale" !

Pour ce qui est des excursions nous nous en sommes donné à coeur joie !
Notre plus belle excursion fut celle que nous n'avons pas pu finir... Explication.
Lors d'un premier tour de l'île, nous repérons un chemin sinueux qui grimpe le flanc d'une montagne. Il donne bien envie celui-là ! On le fait demain !
Bouteille d'eau et sandwiches dans le sac, nous partons pour l'escalade. Il est prévu de descendre dans la vallée suivante, traverser le petit village de Covoada, remonter de l'autre côté, puis redescendre encore vers Ribeira da Prata. Notre carte indique le sentier à suivre. Il faut compter une petite journée pour le parcourir. Très vite, dans la première montée, nous réalisons que ça a l'air beaucoup plus facile d'en bas... De douloureux souvenirs de l'ascension du volcan "Teide" à Tenerife me viennent à l'esprit. Mais je ne dois pas fléchir, nous montons en compagnie d'une dizaine d'enfants qui font ce chemin tous les jours pour aller à l'école. Comme nous allons moins vite qu'eux, ils nous attendent, nous sourient d'un air compatissant. A bout de souffle, je leur dit que je vais mourir, ils trouvent ça marrant. Heureusement, étant responsable de la prise des photos, je prétexte souvent une belle vue pour m'arrêter et prendre une photo. Ludo n'est pas dupe.
 En un peu plus d'une heure, nous atteignons le sommet. Soulagement, joie, et... horreur ! Qu'est-ce qu'on voit ? La même chose de l'autre côté, pire même.
Allez, pour la gloire, nous attaquons la descente jusqu'à Covoada (quelle idée de venir s'installer dans un endroit si peu accessible !), puis c'est reparti vers le haut. En chemin, nous croisons une paire de jambes qui vient vers nous, surmontée d'une énorme botte d'herbes séchées. Son chien la prévient de notre présence. Elle pose son fardeau, et à notre grande surprise, une vieille dame nous salue, et nous sourit de toute sa bouche édentée. Nous lui demandons ce qu'elle fait avec cette herbe. "C'est pour le cochon", dit-elle. Nous échangeons quelques propos, comprenant difficilement ce qu'elle nous dit, puis, le souffle repris nous repartons. C'est dur, mais ça vaut le coup car la vue est magnifique ! Et plus on monte, plus c'est beau. L'apothéose c'est la vue du sommet quand apparaît la vallée de Ribeira avec la mer qui scintille au bout. Après un moment à admirer l'ombre des nuages courir sur les reliefs escarpés, nous nous mettons en route. Oui mais vers où ? Notre chemin s'est arrêté là, nous avons beau arpenter les environs dans tous les sens, partout, nous tombons sur des falaises. A 16h30, force est de constater que nous ne descendrons pas de ce côté-ci, il faut faire demi-tour, redescendre, remonter, redecendre encore, et espérer croiser un aluger pour nous ramener à Tarrafal. Je vous passe les détails de ce que nous avons enduré pour parcourir le chemin dans l'autre sens. C'est là que nous réalisons oubien que nous ne faisons pas assez d'exercice, oubien que nous vieillissons... En traversant le village, la vieille dame nous interpelle. Elle est morte de rire quand Ludo lui dit qu'on n'a pas trouvé le sentier. "Je vous avais bien prévenu !"
Ha, c'est ça qu'elle nous disait...
Vous avez dû nous détester en voyant le temps de chargement de cette page, mais nous avons tellement de belles photos de Sao Nicolau que nous ne pouvions les garder pour nous. Voici donc un petit album photo pour finir cette page. Laissons parler les images...
La côte nord

Les maisons

Les paysages

Les chemins

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