Mais c'est où le Cap Vert d'abord ??



4-9 Décembre 2002

Voilà 4 heures que nous avançons tant bien que mal au moteur dans une mer agitée et confuse et en l'absence totale de vent (la voile, c'est vraiment pour décorer). Ca roule, ça tangue, ça tape. Tout ce qu'on aime ! Si seulement un poisson voulait bien mordre à notre ligne de traîne, ça nous occuperait. Mais non, même pas. Ils se sont donnés le mot, c'est sûr. Tout ceci est un complot pour nous faire douter, pour nous faire regretter le bon vieux temps du 9 heures-18 heures...
Raté ! A 5 miles de l'arrivée, un bon petit vent se lève du nord-est. Nous coupons le moteur. Evoluant enfin à la voile et dans le silence, nous finissons cette navigation chaotique en beauté aux côtés de Jazz et de Ti Saga. Nous longeons ensemble le sud de Santa Lucia sur une mer maintenant calme. Cette île est toute plages blanches et montagnes brunes. Jazz se pavane toutes voiles dehors. Et dans chacun des trois bateaux, c'est sûr, on se dit, "on sait pourquoi on est là".


Nous mouillons devant une immense plage qui nous est bien familière. Nous en reconnaissons les pierres, son unique palmier, ses petits crabes qui pianottent sur la plage. Depuis plus d'un an, cette même plage servait de fond d'écran pour notre ordinateur. Elle était devenue un but, une récompense à aller chercher après tous ces mois de travaux imprévus effectués aux Canaries. Sentiment d'un rêve accomplit... Et pour le rendre plus réel encore, nous sautons dans nos palmes pour voir ce qu'il y a sous l'eau promettante de la photo. Les poissons sont au rendez-vous en nombre et en variété. Marc ne sait pas où donner du fusil. Ludo, difficile, choisit son poisson. Plus question de tirer tout ce qui passe sa à portée comme aux Canaries. Ici, il a ses préférences : la garoupe, le mérou, et bien entendu la langouste (plus rare, malheureusement).
L'énorme murène qu'il a tiré une après-midi, c'était accidentel. Il suivait un mérou qui s'était caché dans un trou voisin. Croyant tirer le mérou, il sort une de ces sales et dangereuses bestioles dont on ne veut pas (c'est assez bon, mais plein d'arêtes!). La murène enroulée autour de la flèche, il retourne à l'annexe et surtout sans monter à bord avec elle, la retire de la flèche en surveillant sa machoire.
Un peu plus tard, le mérou réapparait. C'est le plus gros que Ludo nous a ramené. Il tenait tout juste sur la grille du barbecue, c'est vous dire !

Histoire d'élargir un peu nos horizons, nous décidons d'aller voir le nord de l'île. Santa Lucia n'est pas habitée. Petite île dépourvue d'eau, elle est une escale pour les solitaires amateurs de baignade et de pêche. La marche jusqu'au nord se fait à travers un paysage aride. Seuls poussent des sortes de petits potirons très aigres et des arbustes. Avant d'atteindre la plage, nous traversons une grande étendue de dunes. Déja nous nous étonnons du nombre de bidons de plastique que nous croisons. Arrivés à la plage, c'est la consternation. Ce n'est plus une plage, c'est une déchetterie de bateaux de pêche ! Partout, sur toute la longueur de la plage, des filets entortillés, des flotteurs, des caisses, des milliers de bouteilles et bidons plastiques... Nous constatons que beaucoup de caisses portent le nom de bateaux de pêche. La grande majorité sont des bateaux espagnols. C'est ironique de constater qu'en ce moment, tout le monde plaint les pêcheurs espagnols victimes de la marée noire causée par le "Prestige" le long de leurs côtes. Nous aimerions bien les mettre en face du spectacle lamentable qui s'offre à nos yeux et savoir comment ils peuvent justifier une telle quantité de détritus. Ce qui est effrayant, c'est de penser à tout ce qui n'atterrit pas ici. Santa Lucia ne fait que treize kilomètres de long. Cette côte ne recueille qu'une toute petite quantité des déchets flottant dans l'océan, le reste continue son chemin jusqu'à s'échouer sur une autre côte exposée au nord. Pas de quoi être fier non plus...


Sal - Boa Vista - Sao Nicolau - Santa Lucia - Sao Vicente - Santo Antao

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