Gran Canaria Fuerteventura Lanzarote


LANZAROTE :
du 14 fevrier au 14 mars 2000.

Arrivée à Naos

Lundi 14, 5h30 du matin. Ouf ! Pas mécontents d'arriver. Nous mouillons l'ancre derrière une grosse digue, bien à l'abri du vent de nord-est qui souffle assez fort. L'adrénaline d'arrivée au port aidant, nous trouvons le courage de nous faire des nouilles chinoises avant d'aller dormir. Le bonheur un plat chaud. Ca manquait depuis trois jours...
Depuis le départ de Sines, au sud de Lisbonne mardi après-midi, nous avons vécu dans une houle permanente de 4 à 5 mètres, puis une houle croisée qui personnellement a eu raison de mes nerfs. Ludo supportait la chose mieux que moi. Il y avait du vent sympa, 20 à 30 noeuds. Nous avons fait route au génois seul et marchions à environ 5 noeuds de moyenne, avec une pointe à 8.7 noeuds... Rien à dire de ce côté-là, les conditions étaient presque idéales pour une traversée en 5 jours et demi (PS : ça, c'est Ludo qui l'a écrit, personnellement, j'y mets un bémol)
- Sisisi, j'insiste, les quarts de nuit à écouter Tom Waits en fonçant à 7 noeuds, MOI J'AIME.
- Ne l'écoutez pas, il dit ça que pour vous énerver.
Au réveil, lundi matin, surprise ! qui voyons-nous juste derrière nous ? P'tit Morgat, nos copains de Lisbonne partis un jour avant nous. Grandes retrouvailles, récits de traversée. Ca s'est mieux passé pour eux grâce à leur bateau plus confortable en vent arrière, mais comme on dit, "Bon rouleur, bon marcheur ...".


Naos, Lanzarote

du 14 Fevrier au 9 Mars

NAOS : Visiblement Naos est le port de pêche de Lanzarote. A part un shipchandler plus que correct et un bon mouillage, Naos n'a pas tellement d'intérêt, sauf si commme Ludo on a un goût prononcé pour les ambiances portuaires où traînent toutes sortes d'épaves de cargos et de bateaux de pêche semi-coulés. Le mouillage devant Arrecife à 2 miles au sud est beaucoup plus joli, mais moins sûr.
Il y a à Naos un chantier naval qui ne chôme pas. Le charpentier local construit un voilier traditionnel des Canaries en charpente classique, construit avec des materiaux de qualité. Le travail est magnifique, et relativement rapide puisqu'ils ont construit la coque de 17 mètres à deux en un an. Ca laisse rêveur quand on voit le temps que nous avons mis à remettre en état notre rafiot !

ARRECIFE : petite ville sympa et pas trop touristique, Arrecife offre tout ce dont nous avons besoin pour reprendre le rythme "vie à terre" : laverie, super-marché, station service, accès à Internet, terrasses de café en bord de mer, etc. Tout est à une distance faisable à pied. Ludo et moi nous sommes fait couper les cheveux, et chaque jour nous nous mettons un peu au soleil dans le cockpit. Bref, nous travaillons durement à notre nouveau look de navigateurs tropicaux.



Arrecife


Après quelques jours ici, Ludo, toujours très sociable, va faire la connaissance d'un français dont il avait repéré le bateau en arrivant. Lucky, étudiant à l'école de la marine marchande, vit ici depuis deux ans. De Lucky, nous avons rebondi sur Swingy, une artiste-mime qui prépare une tournée de chansons de Piaf accompagnée par un accordéoniste, dont nous avons vite fait la connaissance et qui s'est presque rué sur mon accordéon en nous expliquant qu'à part un bandonéon, il avait le seul accordéon sur l'île, et que ça le désespérait...
Nous faisons ensuite la connaissance de Katheleen et Erick qui font du charter sur un caïque de 25 mètres. En un rien de temps, tout ce petit monde nous introduit à tous les bars d'Arrecife. Ca ne se finit jamais avant 5 heures du matin. Et c'est déjà un peu fatigués du rythme espagnol que nous apprenons que la semaine suivante, c'est le carnaval ! Là, grands sourires de tout le monde. " Vous allez voir ce que vous allez voir. On n'a rien à envier aux brésiliens ! "
"C'est une fête de folie ! Il ne faut pas partir sans voir ça !"
"Bon d'accord. On va quand même pas rater une occasion de faire la fête, non ?"




C'était il y a trois jours, le début du carnaval. Nous nous remettons peu à peu. Demain, ça devrait aller...
Samedi, Après un dîner bien arrosé à bord d'Esprit de Katheleen, (Lucky tenait à ce qu'on la finisse avant de partir cette bouteille de tequila), nous montons chacun sur notre annexe pour aller à terre. Lucky nous avait peint les cheveux en rouge à tous. Pour Jean-Louis, c'était la barbe. Il faut dire que nous n'étions pas tellement déguisés. Les trois membres de l'équipage d'Objectif Sud avaient fait un effort en arrivant en capitaine de bateau, boy-scout, et touriste. Ludo avait abandonné son déguisement de militaire dans le déclin car son t-shirt militaire était au sale. Katheleen avait une couronne de fleurs sur la tête, et Erick avait enfilé sa combinaison de plongée et partait ainsi pieds nus. Lucky était habillé en Lucky, et moi, dans un élan d'inspiration élevé, je me suis transformée en bouée cardinale sud. C'est à dire pantalon noir et pull jaune fluo. Il fallait connaître un peu la navigation pour saisir mon déguisement, et même quand je "clignotais" 6 fois, comme le font les cardinales sud de nuit, ça n'a pas été évident pour tout le monde...
Bref, nous voici donc à terre. La fête bat son plein. Les rues sont remplies de monstres, de draculas, de panthères roses, d'insectes, de dragqueens. La musique est forte, les verres ne désemplissent pas. Ludo finit torse nu, avec un grand coeur rouge sur le torse signé Lucky. Il aime bien sa bombe de peinture, Lucky. Régulièrement, nous éclatons de rire en voyant passer une mouche avec des passoires en guise d'yeux, ou un mec avec des bas résille recouvrant des jambes galbées couvertes de poils. Pendant des heures, une magie s'opère dans la ville. On se parle, on danse ensemble, on se mélange. On aurait dit que tout le monde se connaît. Puis, vers 4 heures, le foie de Ludo commence à sonner l'alerte rouge. Il est temps de rentrer.

DIMANCHE : Pour beaucoup d'entre nous, cette journée n'a été qu'une sorte de trou noir dont on ne sort que pour voir de près la cuvette des toilettes, ou boire une aspirine cul sec (réflexe). Moi, ça va pas trop mal, j'ai su doser les boissons, et quoique pas tout à fait vaillante, je suis tout de même opérationnelle. Je revoie encore Ludo sortir du lit à poil, les cheveux rouges et son gros coeur rouge sur la poitrine, fermer la porte des toilettes, et subir la vengeance de son foie avec résignation. Il n'a pas voulu que je le prenne en photo. Je m'en veux de lui avoir posé la question. Clairement, il n'était pas en état de se défendre. C'est promis, je ne le raterai pas la prochaine fois. J'espère que sa mère me pardonnera !
Lundi dans la matinée, nous rendons visite à Esprit de Katheleen. Ne sachant pas trop de quoi ils sont capables, on leur annonce la couleur, " le premier qui nous parle d'apéro, on le frappe ! ". En fait, ils sont rentrés bien plus tard que nous samedi, et sont en bien plus mauvais état. Katheleen a fait une chute en montant à bord de l'annexe, elle a une joue de hamster et une cheville bandée. On s'est pris un bon café. Ensuite, comme vous pouvez le voir sur la photo, Ludo s'est lavé dans l'eau de mer. Trois shampooings ont été nécessaires pour venir à bout de ses cheveux rouges.

Mais le carnaval n'est pas fini ! C'est aujourd'hui le plus grand jour ! Heureusement pour nous, Esprit de Katheleen est parti pour 4 jours de charter, emmenant le terrible Lucky qui nous avait torturé à coups de punch, de champagne et de tequila toute la soirée sous prétexte que c'était son anniversaire. Pendant notre sieste, lundi après-midi, nous nous faisons réveiller par de la musique, non..., des musiques. Ludo sort la tête par le capot, et voit la route couverte de chars décorés, chacun avec son thème et sa musique, et entouré de gens déguisés qui dansent et tournent autour. Nous sautons dans nos jeans (pas trop vite quand même, hein, il y a encore quelques séquelles de samedi), et l'appareil numérique sous le bras, c'est reparti pour un tour. Là encore, ils n'ont pas fait les choses à moitié. Le défilé est aussi long que varié. En allant vers la plage, nous nous faisons attaquer par un crabe géant, ou était-ce une araignée de mer? Nous ne nous sommes pas arrêtés pour lui poser la question. Heureusement, le char du club du troisième âge, avec Napoléon en tête, a volé à notre secours. Nous avons donc pu nous installer confortablement pour voir passer les danseuses à plumes qui n'en pouvaient plus, les hommes des cavernes qui les pourchassaient, les nains de jardin (hé oui, même ici), les petits diables, les danseuses de flamenco, les crèmes glacées vivantes, et d'autres " choses " ambulantes indescriptibles. Bon, stop, nous venons de décrire 100 mètres du défilé, c'est peut-être pas la peine de continuer sur les kilomètres qui suivent, vous avez sûrement saisi l'idée… Cette fois-ci, Ludo et moi sommes rentrés parfaitement à jeun (comme pour tout le monde, coca et jus d'orange sont de mise pour quelques jours).

Le carnaval met deux mois à faire le tour de l'île de Lanzarote. Il paraît qu'à Tenerife, le carnaval, c'est la semaine prochaine, et on dit que c'est encore plus fort qu'ici. On se tâte…



Puerto Calero, Lanzarote

du 9 au 14 Mars

Complètement isolée de tout, Puerto Calero est une jolie marina moderne créée par Manrique, l'artiste espagnol omniprésent sur l'île. Elle est réputée pour sa pêche au gros et offre une bonne infrastructure pour réparer son bateau. Jean-Michel, un français qui vit là depuis plusieurs années fait toutes sortes de réparations et sera de bon conseil en cas de besoin. Après plusieurs semaines de mouillage, les douches nous ont rempli de joie. Par contre, il faut faire ses provisions avant de venir. La superette du port est à pleurer. Des patates ramolos, des laitues comme si on avait marché dessus, deux ou trois surgelés dont l'emballage est déchiré, et j'en passe.
Dans la marina se trouvent également d'immenses catamarans qui vous promènent pour la journée (avec des dizaines d'autres gens), un sous-marin qui plonge pour de vrai, et un centre de plongée tenu par un moniteur très sympa et qui pratique les prix les moins chers de l'île. Il y a pour les gourmands une série de restaurants impressionnante, italien, espagnol, chinois, americain, etc. Le choix ne manque pas, mais nous n'y avons pas toujours bien mangé...
Nous avons payé environ 2000 pesetas par nuit (80 francs), un prix un peu élevé par rapport aux marinas à venir, mais qui se justifie par ses installations et une esthétique plus recherchés. Il n'y a qu'à voir les bittes d'amarrage en bronze qui sont polies tous les jours !


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