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Ca y est, le Cap Vert est enfin vert à Santo Antao ! Cette
île, à l'opposé de Boavista, n'est que montagnes
verdoyantes, villages perchés sur des tombants à vous
donner le vertige, exploitations agricoles, torrents, et un cratère
transformé en potager. Le tout est relié par des routes
surprenantes qui garantissent les sensations fortes ! Paradis des randonneurs,
des photographes, des buveurs de grogue (rhum capverdien), Santo Antao
a de quoi ravir tout le monde, à tel point que nous y sommes
retournés deux fois !
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-SEPTEMBRE 2002-
Notre premier voyage à Santo Antao s'est fait en ferry. En effet,
le mouillage à Porto Novo n'est pas très sûr (pas
du tout abrité du sud). C'est faisable si l'on ne s'éloigne
pas trop du bateau, mais nous projetions d'aller camper pendant trois jours. Askoy est donc resté à Palmeira.
Nous ne nous attardons pas à Porto Novo. Juste le temps de déjeuner
et de faire quelques courses alimentaires.
Après avoir envoyé promener les taxis qui demandaient
3000 escudos pour nous emmener à Cova, le cratère de l'île,
nous faisons comme d'habitude : nous empruntons la route à pied,
et prenons un aluger qui y passe et qui nous facture le prix normal.
Vingt minutes et 600 escudos plus tard, Marga, notre amie en visite
des Canaries, Ludo et moi sommes déposés près du cratère.
Nous empruntons le chemin pavé qui y descend. Et très
vite, c'est l'émotion. Après la désolation de Sal
et de Boavista, nous voici sous les arbres, les pieds dans l'herbe !
Cela peut sembler extravagant mais nous étions réellement
émus de redécourvir tout ce vert, ces odeurs, cette fraîcheur.
Comme si nous n'avions jamais vu une forêt, un champ, un torrent,
nous descendions le long du chemin émerveillés.
Nous saluons
un vieillard devant sa maisonette perchée au dessus de la route.
Son âne nous regarde étonné. Chargés de nos
sacs à dos, sacs de couchage et tentes, nous ne devons pas ressembler
à ce qu'il voit passer par là d'habitude. Voilà d'ailleurs les cultivateurs du cratère qui remontent le chemin en sens inverse, la binette sur l'épaule.
Leur journée est finie, nous les reverrons demain matin à
l'aube.
Avant la tombée de la nuit, les tentes sont montées, le
bois et les pommes de pin rassemblés autour du foyer en pierres,
et Ludo, satisfait nous déclare : "et l'apéro, alors
?" Joignant le geste à la parole, il nous emmène vers
la seule maison habitée du cratère pour y acheter du grogue.
On ne se promène pas encore avec notre bouteille de Ricard quand
on va camper !
L'accueil est chaleureux, et en plus d'une petite bouteille de grogue,
nous ramenons des oeufs frais ! Je vous passe l'explication technique
de comment faire une casserolle avec une boîte de conserve, en
tout cas nous avons eu des oeufs à la coque avec notre salade
nicoise. Par contre, pour la cuisson mollet comme j'aime, ce n'est pas
encore au point...
10h du soir. Le silence et l'obscurité ont gagné depuis longtemps le cratère. Nous nous sentons seuls au monde,quand à notre grande surprise nous entendons
au loin, un refrain bien connu. Pas de doute, c'est notre copain Olivier,
du voilier Gurkha qui débarque, son inséparable guitarre
sur le dos. Une chance qu'il reste encore un peu de grogue !
Après une nuit bien fraîche, nous sommes réveillés
par les conversations des cultivateurs, étonnés de trouver
deux tentes au bord de leurs champs. Vers 7 heures - une heure qui n'existait
plus pour nous depuis longtemps - le camp est levé. Après
avoir rempli nos bouteilles d'eau à la source, nous entamons
la descente vers "Paúl".
Ce ne sont pas des chaussures de marche qu'il nous faut, mais des chaussures
à crampons ! Le chemin pavé qui zigzague le long du flanc
du volcan descend à pic. On se demande si c'est pire de le descendre
ou de le monter...
Mais cette question existentielle, et l'apparition des premières
cloques aux pieds ne nous empêchent pas de nous régaler
de la vue, toujours changeante à cause des trainées de
nuages qui remontent à toute vitesse vers le sommet, poussées
par le vent. Le petit dejeuner ayant été succinct (une
banane et une tomate) l'appel du café commence à se faire
sentir. Après trois quarts d'heure de chute libre, nous arrivons
aux premières petites exploitations de canne à sucre,
avec des maisonnettes par ci par là, des réservoirs d'eau
où se baignent des enfants aussi heureux que frigorifiés.
Les animaux, chèvres, poules, chiens, chats, vivent leur vie
et se promènent à leur gré sur les nombreux chemins
qui forment le dédale qu'est le nord de Paùl. Sandro,
un français qui a jeté l'ancre dans ce petit paradis alors
qu'il y passait comme nous en visiteur il y a trois ans, nous arrange
un café et des patisseries que nous prenons en compagnie d'autres
randonneurs. Encore une heure de descente, puis nous rejoignons la mer
en aluger. Ce fut une erreur. Le paysage défilait à toute
vitesse et nous sommes arrivés très frustrés de
tout ce que nous avons raté en passant aussi vite. Déja,
il ya un petit gôut de reviens-y...
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Pour
notre deuxième nuit, nous nous offrons le luxe d'un hotel à
Ponta Do Sol (c'était surtout pour la douche,
en fait). Le tourisme commence à s'implanter de ce côté
de l'île. Pour la première fois, nous nous faisons aborder
par un guide gentil mais un peu collant à qui Ludo explique
gentiment que nous saurons nous aventurer seuls dans le monde hostile
qu'est Santo Antao...Il a aussi fallu rectifier le prix des alugers
une fois ou deux, mais rien de grave.
La veille de notre départ, nous mettons le cap vers Fontainhas,
un petit village perché dans la montagne. Il était prévu
d'y planter la tente pour la nuit. C'était sans compter sur la
réalité topographique du lieu : il n'y avait pas un espace
de terre assez plat pour y planter une tente dans tous les environs
!
Nous sommes restés un peu, le temps de prendre un ponch et de
faire connaissance avec un vieux joueur de violon totalement saoul qui
nous a fait une dance à hurler de rire sur une chanson française
qu'Olivier lui jouait à la guitare.Puis, bien
qu'un peu fatigués, il a bien fallu rebrousser chemin. Au nord
de Ponta Do Sol, nous avons trouvé un endroit idéal pour
camper. Jugez plutôt : un terre-plein couvert de petits cailloux,
devant un réservoir d'eau, et avec une vue imprenable sur l'élevage local
de cochons...
Le retour en ferry se fait par temps calme, et c'est tant mieux, car paraît-il, les capverdiens sont très malades quand ça bouge trop. Corinne et Marc, de "Ti saga", nous ont raconté leur voyage au milieu de passagers dont un sur quatre vomissait allègrement. Les mieux équipés se soulageaient dans un sac plastique; la manche de son blouson au bout de laquelle on fait un noeud faisait l'affaire pour les bricoleurs; et les autres vomissaient tout simplement par terre ou sur le passager d'en face. Le vomi se promenait sur le pont au gré des mouvements du bateau, et àl'arrivée, les sacs plastiques étaient jetés par dessus bord... Santé !
LE TOURISTE ET LA TRUIE, aventures d'un français au Cap Vert.
Vendredi matin, ayant quelques heures à passer avant le départ du ferry pour Mindelo, nous décidons d'aller faire un tour en aluger vers le sud de l'île. Nous montons dans une vieille Peugeot hors d'âge. Le conducteur lâche le frein à main. La voiture part en roue libre vers l'arrière, tour de clé, quelques soubresauts, échange de regards amusés, et le moteur démarre. Apres une demi-heure à parcourir la ville à la recherche d'autres passagers (le voyage ne se fait pas pour trois personnes seulement, il faut amortir), nous partons enfin vers le sud. Après quelques kilomètres, le chauffeur donne soudain un grand coup de frein, suivi d'une marche arrière dont on ne pensait pas la voiture capable. On s'arrête, il sort de la voiture, et là, un cri épouvantable nous parvient de derrière un monticule.
"Mais, on égorge un cochon ou je rêve ?"
"Si c'est ca, je sens qu'on va avoir un drôle de passager..."
Nous ne sommes pas loin de la vérité, il s'agit bien d'un cochon, mais ouf, il est vivant. C'est une énorme truie noire, très beau specimen, mais pas contente du tout... Une ficelle est attachée autour de sa babine superieure et deux hommes tirent dessus de toutes leurs forces pour l'amener jusqu'à nous. Elle freine de ses quatre fers en poussant des cris, mais se retrouve bientot au pied de la camionette. Tous les passagers et leurs affaires ont été debarqués. La truie est hissée dans la voiture, elle se débat comme elle peut et se coupe une patte. Une trainée de sang suit son parcours jusqu'au fond où on la bloque avec une porte en bois. La voilà dans son petit compartiment personnel, la babine solidement amarrée vers le haut, et la patte continuant d'inonder la plateforme. La pauvre nous a fait de la peine, mais ce n'est rien comparé à ce qui l'attend d'ici peu, puisqu'on l'emmène se faire égorger... Un petit sac de patates tout gigotant est glissé sous une banquette, et tout le monde remonte à bord. Nous repartons. Marga et moi, qui sommes installées a l'avant avec le conducteur, sommes tres amusées de voir Ludo a l'arrière en tête à tête avec une truie.
Au retour, nous sommes pris en charge par le fils de notre conducteur. Cette fois-ci, voyage sans encombres, si ce n'est qu'un homme posté au milieu de la route nous arrête en faisant des grands signes. Sa femme est malade et il faut l'emmener d'urgence à l'hopital. Décidément, c'est dans la famille les plans dans le genre ! Après une longue attente, comme auparavant, deux hommes nous ont ammené la patiente, mais cette fois-ci sans ficelle attachée à la babine. Elle n'avait pas meilleure mine pour autant...
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