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2 Avril 2004 : Nous quittons Charlotteville, notre havre de paix au
nord de Tobago, pour remonter en Martinique, via les les Grenadines
et Sainte Lucie. A peine avons-nous parcouru 10 milles à la voile
plus moteur que Ludo pousse un juron et coupe le moteur. Le témoin
de température était presque dans le rouge ! Le vent portant
étant trop faible pour faire route à la voile, nous décidons
de faire demi-tour. Alors que le soleil tire sa révérence,
le vent, lui, commence à rentrer, c'est toujours ca ! Askoy marche
maintenant au près à 6 noeuds par 13 noeuds de vent encore
un peu timide, et sur une mer calme. Abstraction faite du problème
de moteur, c'est très agréable !
Nous pénétrons dans la grande baie bien après le
coucher du soleil. Les rochers qui émergent de l'eau sont à
peine visibles. Le village bien éclairé, nous donne un
bon point de repère, mais ce n'est pas là que nous allons.
La zone de mouillage se trouve au nord, dans une obscurité totale,
et pile dans le lit du vent. Nous tirons donc un premier bord vers le
sud de la baie. Quelques lumières familières dans les
montagnes nous rassurent, mais nous ne voyons rien de ce qui se passe
autour du bateau. A quelle distance se trouve la rive ? Quand allons-nous
apercevoir l'îlot devant lequel nous voulons virer ? Aucune idée...
Le vent est maintenant tombé à 5 noeuds. Autant dire presque
rien... Et pourtant, l'eau plate comme un miroir aidant, ce brave Askoy
avance toujours. Ludo, assis sur le balcon avant, scrute l'obscurité.
A la barre, je tremble de peur à l'idée que le vent tombe
complètement ou que je me déconcentre, nous faisant perdre
le peu d'erre que nous avons. Si cela arrivait, je doute que je pourrais
faire repartir le bateau. Une des lumières sur la côte
disparaît, puis réapparaît un instant après.
Ca y est, nous avons notre îlot. "Allez, on vire !"
Cela s'est fait tout doucement, mais Askoy a bien voulu changer de bord.
Cap sur les copains ! Un à un, leur feux de mats commencent à
apparaître. A quelques dizaines de mètres du mouillage,
nous démarrons le moteur 5 minutes en espérant qu'il ne
se fâche pas trop - c'était délicat de maneouvrer
à la voile au milieu des bateaux avec si peu de vent...
Le lendemain matin, tout le monde est assez surpris de nous découvrir
de retour à notre place...Les offres de coup de mains n'ont pas
manqué.
La réparation de la panne a été simple et rapide
: la pompe à eau (une petite roue en caoutchouc) avait perdu
trois de ses six pales. Les trois pales détachées avaient
parcouru le tuyau jusqu'à se faire bloquer à l'entrée
de l'échangeur, là où l'eau de mer refroidit le
circuit d'eau douce.
Le 8 avril, nous repartons donc pour Carriacou. Espérons que
les "Jazz" y sont encore ! Voilà plus d'un an, on se
disait au revoir à Mindelo, au Cap Vert, alors qu'ils partaient
pour les Antilles.
Aujourd'hui, le vent nous est plus favorable que la semaine dernière.
Nous marchons l'après-midi et la nuit avec le vent au travers
arrière, une allure très confortable, d'autant plus qu'il
n'y a toujours pas de mer. Cela s'est gâté le matin : Carriacou
nous a vu arriver au moteur, dans une pétole totale qui nous
a surpris peu après l'aube. Quelle chaleur ! Askoy devrait avoir
un bimini sur le cockpit pour naviguer sur ces latitudes !
Allez, plus qu'un cap à contourner et Tyrrel Bay sera en vue.
Askoy salue deux vieilles épaves de cargos échouées
sur la côte. Voilà la baie. Il y en a du monde ! Ludo inspecte
les bateaux avec les jumelles. Son regard se pose sur un ketch bordeaux.
"Ils sont là ! A droite !"
Eric nous a vu arriver de loin. "Tiens ! Je crois bien que c'est
Askoy qui arrive là !", a-t-il dit à Hilde. Ils n'avaient
pas lu le mail leur annoncant notre arrivée. J'imagine la réaction
de Hilde ! A peine avions-nous mouillé l'ancre qu'ils arrivaient
avec une bouteille de blanc frais. Nous sommes si émues, Hilde
et moi, que nous arrivons à peine à parler !
avril, puis juin 2004
Depuis le temps que l'on nous parle des "Bateau pays" de Carriacou
qui sevisent encore dans toute les Grenadine. Ils sont toujours construit
sur des "plans" anciens (Ecossais parait il) a Windward et
Petite Martinique. C'est par eux que passe presque tout le ravitaillement
des iles et la petite contrebande locale (Alcool surtout !!!). En Août,
une grande regate les rassembles tous autour de l'ile et il parait que
c'est une très grosse fête ...
Nous passons 2 jours à Carriacou avec les "Jazz", puis
nos chemins se séparent à nouveau. Ils descendent vers
Grenade pour mettre le bateau au sec et rentrer travailler quelques
mois. Quand à nous, aujourd'hui, nous n'avons que 8 milles à
parcourir jusqu'à Union. Trop facile ! Ludo n'étant pas
matinal, inutile de le bousculer, rien ne presse. Je fais des pancakes
pour le petit dej. Nature pour Ludo, à la banane pour moi.
Confiants d'arriver pour le déjeuner, nous mettons les voiles
vers 10 heures. C'était sans compter avec les courants qui sévissent
dans la région. Première leçon...
Cap au nord-est !
Ben non, c'est de là que vient le vent... Bon. Cap au nord-ouest
alors... C'est parti pour un bord au près serré. Fini
les vacances, aujourd'hui, la mer du vent nous asperge et nous freine
à chaque vague. Askoy piaffe et remonte au vent. Il s'amuse autant
que nous je crois. Ce qui nous a moins amusé, c'est de constater
après une heure et demie de près, que nous dérivions
vers l'ouest et que nous avions à peine parcouru 3 milles sur
les 8 ! Pendant plus d'une heure, nous essayons tout : virer de bord,
se rapprocher de la côte où nous serons peut-être
à l'abri du courant, re-virer de bord. A court d'idées
et de patience, vous devinez la suite : brise de fond de cale !
Avec le moteur à plus de 2000 tours ( d'habitude, nous marchons
à 1800 tours), nous grapillons enfin du terrain dans la bonne
direction. Ca va être long quand même.
"Bon. Qu'est-ce qu'on mange ?"
Je prépare des sandwiches à la hâte, afin de ne
pas m'attarder à l'interieur du bateau où il faut se tenir
à trois mains...
Ce n'est qu'à 3 heures de l'après-midi que nous jetons
l'ancre à Clifton. Nous calculons que nous avons dû avoir
entre 2 et 3 noeuds de courant de face...
Fin de la première leçon.
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A terre, nous découvrons un petit village très animé,
mais où on se fait un peu trop solliciter. Au milieu d'échoppes
vendant fruits, souvenirs, et noix de cocos fraîches que l'on
décapite afin d'en boire le lait (rien à voir avec le
lait des cocos sèches qu'on achète en France), il y a
une véritable caverne d'Ali Baba. Elle se nomme "Captain'
Gourmet". Nos yeux parcourent avidement les rayons de cette petite
épicerie. Directement importés de Martinique, il y a là
tout les produits dont on rêve depuis des mois ! Nous nous limitons
à deux-trois favoris, à savoir du paté et du rhum
pour Ludo, un camembert et une authentique baguette pour moi. Le bonheur
!
A l'apéro, nous faisons connaissance avec des français
qui vivent sur l'île. Ils nous expliquent que c'est une perte
de temps d'essayer de monter à la voile depuis Carriacou. Il
fallait en fait longer la côte ouest de Carriacou au moteur, jusqu'à
atteindre le nord de l'île. C'est seulement là qu'on peut
se lancer à la voile, et encore, si le vent n'est pas trop au
nord. Deuxième leçon...
Le mouillage de Clifton est très beau. Bordé par des bancs
de coraux, l'eau y est bleue carte postale. Par contre, nous ne sommes
pas du tout abrités des alisés, ni du fou furieux qui
à 6 heures du matin trouve que nous avons assez dormi. Installé
dans un cabanon sur un petit banc de sable au vent du mouillage, il
nous passe de la musique à fond avec des baffles gigantesques.
Si seulement une vague pouvait l'emporter lui et son materiel !
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Mouillage de Clifton,
Union Island
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Avec
quelques regrets, nous quittons Union par un vent d'est de rêve
qui nous dit qu'il faut il aller. Nous passons devant les magnifiques
Tobago Cays sans nous arrêter. Quel dommage ! Mais ce vent de
travers c'est trop beau. Nous savons bien que ça n'arrive pas
tous les jours d'avoir 15 noeuds de travers, et la Martinique nous attend
! Toute la journée, nous longeons les îles des Grenadines.
Certaines tellement bondées de bateaux qu'ils doivent mettre
des parebattages pour ne pas s'abîmer les uns les autres !
Nous atteingnons Bequia en fin d'après midi, comblés.
Et la cerise sur le gâteau est le petit bateau derrière
lequel nous mouillons. Nos amis "Banta" sont toujours là,
quelle chance ! Nous avons lié amitié à Charlotteville,
et nous pensions qu'ils étaient plus au nord. Pedro, un argentin,
et talentueux peintre d'aquarelles gagne pas mal sa vie ici. Assis en
talleur dans son cockpit, une pipe entre les dents, il peint la baie,
les bateaux, les scènes de marché à terre. Nous
l'avons vu un jour, jeter à l'eau papier, support et autres matériel.
Puis, calmé, aller les récupérer en annexe. Le
soir, alors que je le taquinais sur cet accès de colère,
il me répondait en riant de lui-même, que le passage dans
l'eau de mer avait bien profité à l'aquarelle, et que
finalement, il la gardait.
Nous avons une très belle aquarelle d'Askoy qu'il a peint à
Charlotteville. Il n'y a pas à dire, c'est autre chose qu'une
photo !
Marianne, une très jolie brésilienne aux yeux verts peint
aussi et écris des poèmes. Je profite d'elle à
chaque fois que j'ai une lettre pour le Cap Vert à faire corriger.
Son accent brésilien m'enchante surtout quand elle lit ses poèmes
à voix haute.
Bequia
est très différent de Union, mais mérite aussi
le déplacement. La baie est très grande, l'eau tout à
fait transparente (je sais ça devient lassant, désolée...).
Par contre, nous, pauvres étrangers, avons interdiction de pêcher,
ce qui désole beaucoup Ludo. Il part tout de même faire
un tour, et revient abasourdi. "Tu ne vas pas me croire ! J'ai
vu, juste là, par 5 mètres de profondeur (il me montre
la côte à quelques dizaines de mètres du bateau),
trois langoustes, des lambis et un banc de seiches ! Ca me tue !!".
Il faut croire que l'interdiction fonctionne...
La petite ville de Port Elisabeth est très agréable, et
calme. Une fois n'est pas coutume. De nombreux restaus et hotels longent
la côte, mais ils le font en silence ! Leur musique n'envahit
pas toute la baie comme c'est si souvent le cas aux Antilles. Un véritable
havre de paix.
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"Bon. It's time to go !" Devant nous s'ouvre le canal de
Saint Vincent, puis celui de Sainte Lucie. Nous voulons les passer les
deux et nous arrêter à Sainte Lucie, dernier arrêt
avant la Martinique. Ludo nous a fait passer le premier canal en 1h30,
barrant askoy de tout son poids par force 6 au près, of course.
Une fois à l'abri de saint Vincent, le vent est tombé
et nous avons longé l'île verdoyante au moteur, ce qui
est fort classique. Nous voici au nord de l'île. Le vent est de
retour, et comment ! Pendant un moment, nous avons hésité
à nous lancer dans cette mer toute en pointes et tâchée
de blanc. Bon, il n'est que 13 heures, et de toutes façons, il
faudra bien le passer ce canal. Allons-y ! Dans la joie et la bonne
humeur !
La barre est rapidement devenue très dure. Il faut s'aider d'un
pied pour résister à la pression, la force des deux bras
ne suffisent pas. Chacun passe une heure à la barre. C'est encore
du près sérré avec 20-25 noeuds et "tout dessus"
pour avancer dans le clapot. Je vous passe les détails de cette
séance de muscu qui a duré l'après-midi.
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Nous
atteignons le sud de Sainte Lucie au crépuscule. La mer continue
à nous malmener encore longtemps à mon goût avant
que l'île nous protège complètement. Nous sommes
crevés, et trempés jusqu'aux os. Les paquets d'eau de
mer qui ont envahit le cockpit ont été régulièrement
agrémentés de plusieurs grains accompagnés d'averses
et de rafales. Ca devait être pour rincer le sel de nos cheveux...
Nous espérions arriver à Marigot bay avant la nuit, mais
les courants en ont encore décidé autrement. Il est 22
heures quand Askoy y pointait le bout du nez. Nous nous frayons un chemin
entre les nombreux bateaux au mouillage dans cette toute petite baie,
quand un dernier grain s'abat sur nous. La pluie tombe à verses,
on n'y voit plus rien ! Les bateaux et les bouées n'apparaîssent
qu'à quelques mètres devant nous. Nous nous aidons du
radar et des cartes pour nous guider, mais nous ne pouvons pas être
dehors et dedans à la fois ! Nous avançons aussi lentement
que possible. Il me semble soudain que quelque chose se dresse devant
nous. Je n'ai pas le temps de le crier à Ludo qui est à
l'avant prêt à larguer l'ancre qu'il me dit "coupe
tout ! Je mouille !"
Et comment, il était temps ! Il y avait en effet quelque chose
devant nous : c'était tout simplement le bout de la baie ! Nous
nous sommes arrêtés à trois mètres des palétuviers
qui bordent le mouillage ! Remarquez, on ne se serait pas fait très
mal...
Le lendemain matin, nous faisons un saut de puce pour rejoindre Rodney
bay, plus au nord. Je ne m'attarderai pas sur cette endroit car il est
parfaitement dénué de tout intérêt. On peut
au choix, mouiller à l'extérieur où deux gros hotels
dominent les deux plages devant lesquelles circulent scooters des mers,
vedettes, et catas, ou dans une marina qui a poussé au milieu
de rien, telle une oasis pour bateaux offrant tous les petits commerces
liés au nautisme habituels. Le seul endroit sympa est la"
Jambe de bois", un restau au bord de l'eau au nord de la baie.
Bonne nourriture dans un joli décor tout en bois.
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