Cap Vert - Antilles : 20 jours de traversée
 La
première semaine est assez agitée avec un vent bien soutenu. C'est un
peu dur au niveau du roulis... Puis vent et mer se calment, nous ne
faisons plus nos 120 milles par jour, mais nous gagnons en confort !
La troisième semaine est figée par de la pétole les premiers jours,
puis ponctuée par des grains occasionnels jusqu'à notre arrivée.
Askoy marche très bien, nous ne cassons rien à bord. La pêche
est assez décevante : juste une belle -mais unique- dorade la
première semaine !
Au niveau technique une chose est sûre : le régulateur d'allure
est INDISPENSABLE !!! Notre Atoms a barré le bateau sans
arrêt, sauf dans certains grains où ça souffle au delà de 30
noeuds. Une merveille !
L'arrivée à la Barbade est un grand moment. Imaginez Askoy, génois tangonné,
filant à 6 noeuds sur une mer calme. Assis à l'avant du roof, Ludo et
moi commentons la traversée en regardant défiler la côte. Ce moment
restera gravé dans nos mémoires ; il a effacé d'un coup toutes les épreuves
de la traversée.
Après un passage peu agréable au port commercial (voir plus bas), nous
mouillons dans "Carlisle Bay". Il est 18 heures, le soleil va bientôt
se coucher. Nous sommes bien, bien ! Contents de nous et d'Askoy. Après
un petit apéro (le premier depuis Mindelo !), un dîner rapide et au
lit ! Haaaa, un lit qui ne bouge pas !
Askoy se dandine gentiment, l'eau clapote sous sa voûte, les annexes
des autres bateaux passent. Ca y est, tout revient à la normale...
Il y a sûrement beaucoup de beaux endroits à visiter sur cette
île mais la conduite à gauche au milieu des fous du volant qui sévissent
sur les routes et la chaleur qui nous frappait de 10 à 16 heures ont
eu raison de notre curiosité... Notre séjour a été assez bref (du moins
dans notre échelle de temps...), et pas très riche en découvertes,
nous allons donc être brefs et nous en tenir aux formalités d'entrée,
au mouillage, et à l'unique excursion que nous avons fait, le "Welchman
Hall Gully".
Les formalités d'entrée, ou comment vous gâcher une
arrivée en voilier.
Nous le savons maintenant, il y a deux possibilités lors de votre
arrivée :
1 : Vous éteignez la VHF, vous mouillez à Carlisle Bay, et vous allez
au port à pied, plus tard voire le lendemain, faire votre entrée, ainsi
que le font la moitié des nouveaux venus (munissez-vous de 25 dollars
US).
2 : Vous faites comme nous, vous appellez les autorités portuaires à
la VHF en arrivant (c'est ce qu'on fait quand on est discipliné) et
même si vous n'avez pas de moteur, que votre femme est en train d'accoucher,
et que vous avez 45 de fièvre, on vous ordonne de rentrer avec le bateau
dans le port commercial afin de faire les papiers d'entrée avant toute
chose. C'est comme ca, c'est obligatoire, non négociable.
La maneuvre a été pour nous non seulement inutile car il y avait un
cargo amarré devant les douanes - nous nous sommes donc amarrés à l'autre
bout du port, hors de vue des douanes - et dangereuse car le port est
conçu pour des bateaux de croisière, avec des murs de 3 ou 4
mètres de haut, sans échelles ou presque, et avec, tous les 10 mètres,
des énormes structures métalliques qui servent de parebattages
. Allez donc y caser un voilier en bois avec un petit moteur ! En bonus,
nous avions le vent qui nous poussait contre le mur. Ben tiens !
Askoy s'en est bien tiré néanmoins : juste un peu de peinture
râpée sur le liston tribord.
Nous avons vu plus tard que le quai devant les douanes est un peu plus
praticable : il y a des pneus à la place des gros carrés en acier. Welcome
to Barbados !
29 janvier- 18 fevrier 2004
Les formalités auprès de la douane, de l'immigration
et du bureau de la santé dûment effectuées, nous
remontons contre le vent (en plus !) pour rejoindre le mouillage devant
lequel nous étions passés 3 heures auparavant. La plage y est très blanche,
l'eau limpide. Tortues et poissons s'y promènent en quantité. Ludo manque
de peu une tortue en jetant l'ancre...
Rainbow
Dancer est mouillé juste à côté, il est arrivé une heure avant nous.
Tom, son skipper, ne tarde pas à venir nous rendre visite. C'est sympa
de faire connaissance. Jusqu'ici, Rainbow Dancer n'était qu'une petite
voile blanche sur l'eau qui nous suivait puis nous dépassait il y a
trois jours. Nous nous racontons nos traversées . Elles se ressemblent
pas mal malgré la différence entre nos bateaux.
C'est le lendemain que nous désenchantons. Les bars de la plage ont
branché les sonos, passant ce qu'ils appellent de la musique à fond
avec des hauts-parleurs géants. Selon les jours, cela dure de 11 heures
du matin à l'aube. Les basses sont si puissantes que nous devons fourrer
du linge entre le vaigrage et la coque pour atténuer les vibrations
du bois ! A l'occasion, un DJ prend le micro pour y hurler des encouragements
à danser, annoncer l'ouverture du bar ou le concours de danse sexy sur
le comptoir...
Des anglais mouillés à côté n'ont pas l'air de comprendre que cela nous
dérange. Eux, ils sont contents. Ha... Serions-nous restés trop longtemps
dans le calme du Cap Vert ?
Ce n'est pas tout. Pour bien appréhender le paysage, imaginez-vous
dans votre cockpit, un café à la main. A droite arrive
en musique le "Jolly Roger", un bateau pirate qui vient faire tous les
jours une manoeuvre de femme à la mer ("this woman CAN'T SWIM !")
avant de larguer ses passagers sur la plage ("You have 40 minutes,
no more"), à gauche passent les gros catas, ils s'échouent
devant nous sur la plage, et mettent la musique à fond (je sais,
je me répète...); et tout autour circulent les jetskis
et toutes sortes d'engins flottants et volants, tractés par des bateaux
à moteur très puissants et qui font de belles vagues. Hé oui,
comme nous, vous avez renversé du café sur vos vêtements...
Bref, c'est un authentique parc d'attractions !
Deux solutions pour s'éloigner de ce petit monde : la meilleure est
de QUITTER LA BAIE ! , l'autre est de mouiller plus loin au Yacht Club,
après leur avoir rendu visite pour obtenir la permission de prendre
un de leurs corps-morts. Présentez-vous dans votre plus belle tenue,
c'est un endroit très comme il faut où les tongues seront mal vues...
Allez, un point positif tout de même : pour les amateurs de snorkeling,
il y a dans la baie plusieurs épaves peu profondes à visiter.
Elles sont pleines de très beaux poissons et quand l'eau est
claire, c'est un vrai bonheur même vu depuis la surface. On y
est seul le matin avant 10 heures, et on n'y entend pas la musique !
;-)
 
Un aspect de la Barbade qui nous a bien plu sont les maisons sur pilotis
et les petits bars en bois couverts d'inscriptions et de marques de
bières dans tous les sens. Non loin de là, il y a des
centres commerciaux, des grands magasins du type Galeries Lafayette,
de nombreux restaus de poulet frit, et des supermarchés où
nous nous en sommes donné à coeur joie après des
mois de privations au Cap Vert...
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Welchman Hall Gully
Le
dimanche matin à l'aube a lieu une marche à travers la campagne, guidée
par Colin, un monsieur de plus de 60 ans très en forme qui commente,
avec beaucoup d'humour, les plantes et les arbres rencontrés.
J'ai ainsi appris que le pamplemousse est originaire de la Barbade,
qu'à une époque, la noix de muscade était si précieuse
que certains en fabriquaient des fausses en bois (vous imaginez le travail
!) pour les ajouter dans les sacs vendus au poids, et je connais maintenant
une petite fleur à l'air on ne peut plus innofensif avec laquelle je
pourrais empoisonner un homme...
Je parle à la première personne car (ceux qui connaissent Ludo ne seront
pas étonnés...) Ludo a refusé de se lever à 4h30 pour m'accompagner.
Je l'ai emmené quelques jours plus tard voir le Welchman Hall Gully
qui fut le plus bel endroit traversé lors de cette ballade dominicale.
Le Gully est un petit bout de forêt vierge si dense qu'on n'y voit pas
le ciel. Cet endroit étant très fertile, on y a planté depuis des générations
toutes sortes d'arbres médicinaux et de plantes à fleurs. J'y
ai vu les plus grandes feuilles et les plus grands bambous de ma vie
!

La vue panoramique depuis le sommet du Gully est impressionnante. On
se verrait bien dans une petite maison de vacances juste là,
non ?
Non loin du Gully, on peut visiter une grotte assez belle paraît-il.
En ce qui nous concerne, nous n'en avons vu que le bâtiment d'entrée.
Le prix demandé pour une visite d'une demi-heure à bord d'un
petit train nous a dépités. Et ce, malgré le casque de mineur qu'on
vous prête !
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